lundi 11 janvier 2010

Juste avant

Voici le début, ou plutot la suite du voyage, dans le désordre parce que vous savez deja comment s'est passée la rencontre avec Laszlo....
Mais ce début est important pour moi, ce sont les derniers moments "d'avant", avant que je ne le connaisse, avant que je ne le serre dans mes bras, et avant que je sache ce que cela fait d'avoir le sourire béat juste parce qu'un petit garçon de 10 mois dort tout contre soi.

Bonne lecture ! (si vous avez le courage d'aller jusqu'au bout...)

Samedi

Il est 5h30 du matin passé en France. Je peux enfin me poser pour écrire.
Une longue journée…

Elle a commencée a 2h du matin, quand nous avons fini les bulles avec Maya et avons décidé d’aller nous coucher. Une délicieuse soirée avec elle & kids, un Cyrilou super méga charmeur, une Audrey pétillante. Et puis de bons éclats de rire avec Maya.
Je suis heureuse d’avoir dormi chez elle la veille de mon plus grand voyage de ma vie et pas dans un hotel toute seule.

Le réveil a sonné a 6h30, et une fois prete, il ne me restait plus qu’a descendre mes bagages pour attendre le taxi. Taxi a l’heure, tout va bien. Jusqu'à ce qu’il me demande : « Orly ouest ou Orly Sud », euh….aucune idée ! Pas une habituée d’Orly moi, les States, c’est toujours Roissy….

Pas de raison de paniquer en fait, puisque les 2 terminaux sont proches. Apres renseignements, direction Orly sud.

Un pain au chocolat plus tard, l’enregistrement est fait. Je me dirige en avance vers les controles, peu de monde a cette heure la.
A 8h15, je suis en salle d’embarquement, allongée sur une chaise longue. Relax, je manage comme une princesse.... Jusqu'à ce que la dame dans le haut parleur indique que pour raison technique, le vol est retardé jusqu'à 11h au moins…bon…ben….voila.

On nous change de porte d’embarquement, on attend et finalement, il faut changer l’avion : départ prévu a 13h. Le départ initial était quand meme prévu a 9h40…

Je trainasse, j’achete un convertisseur de prises que je n’avais pas réussi a trouver dans mon bazar a la maison, j’achete des bonbons pour les enfants. Je mange une part de pizz, je vais fumer (halléluia pour la zone fumeur). Je tente de retrouver la pharmacie que j’avais vue au départ parce que je me rends compte que j’ai oublié la creme contre les piqures de moustiques. Pas possible de retourner a la pharmacie, il faudra faire sans ou autrement. Je retourne fumer. Il fait beau sur Paris.

Re-changement de porte d’embarquement, il est 13h, on n’est toujours pas dans l’avion. En attendant, je parviens a me logger au wifi de l’aéroport pour 10 mn, le temps de laisser un petit message sur mon blog et vérifier les e-mails.

Je demande a une dame le code pour appeler en Haiti et envoi un texto a Gérard pour le prévenir du retard. J’entame la conversation avec une dame qui essait de se logger au wifi. Elle est instit’ et vit en Haiti depuis plus de 2 ans. On continue a papoter. Elle me raconte un Haiti agréable, pas du tout aussi dangereux que l'on nous le décrit mais aussi un pays qui ne parvient pas a vivre, ou la misere est partout.
Enfin, on embarque !!

C’est le bordel complet, les numéros de sieges ne veulent rien dire, chacun s’assoit ou il veut. On a gagné au change car le nouvel avion est un nouvel A 330, ce qui veut dire : petites télés individuelles. Chouette.
Je m’assois a coté de Sylvie ma nouvelle cops instit’ et on papote en attendant le décollage qui se fera a pres de 15h.

Le vol est long, ça passe pas. Je regarde un premier film drole. Je somnole et je béni mes pastilles de nicotine qui m’empechent de devenir dingue sans cigarettes. 2eme film.
Je tente de lire un peu, j’arrete au bout de 2 pages.

Bientôt l’arrivée a Saint Martin. Enfin. On nous autorise a sortir de l’avion pendant l’escale. Il fait chaud, c’est extra de pouvoir porter mes havainas fétiches.



Un mec fait un esclandre et manque de se faire arreter par les flics parce qu’il veut se mettre a fumer dans l’aéroport, ou sortir n’importe ou. Ahah, il aurait du dire, je lui aurait passé une tite pastille…

On fait la file pour obtenir le nouveau boarding pass, ils ont pas le mien, on passe des controles sécurités pour rentrer dans l’aéroport..mais…euh…on sort pas d’un avion la ?
1h30 plus tard, on peut réambarquer. J’ai un boarding pass fait a la main (un collector) et c’est re le bordel car les passagers qui vont a Paris et montent a Saint Martin n’ont pas leurs places, pas plus que nous avant. Et il y en a qui insultent les hotesses….
Une maman (blanche) tente de calmer son fils d’environ 4 ans et son bébé qui hurlent de fatigue tous les 2.

Décollage, je somnole, j’écoute Gurrumul. Cet album, et plus particulierement cette chanson la, restera comme LA musique de ce voyage, je l'ai écoutée tres souvent. Il n'est pas haitien, mais australien et chante dans la langue des indigenes, impossible de comprendre quoi que ce soit, mais je trouve cela absolument magnifique (merci mon hommedemavie de m'avoir fait connaitre).

L’hotesse explique que les personnes ayant des animaux a bord sont priés de les laisser dans leur cage pendant tout le vol. Je souris, je me dis que les 2 zozos (mes collegues) qui m’ont surnommée Air Caraibes au bureau en se foutant de moi et en me prédisant un vol au milieu des poules seraient ravis de l’annonce…

1h30 de vol plus tard, nous sommes a PAP.
Il est plus de 21h30 heure locale. 6h de retard…


Controles de douane, je comprends presque rien a ce que je me dis le douanier. Je comprends qu’il me demande si c’est la premiere fois en Haiti, donc je dis oui, et il me demande ou je vais, je dit un orphelinat. Et la, je comprends qu’il me dit « c’est bien, ici il n’y a pas de chats ». D’où il insulte Stitch ? Dans le doute qu’il connaisse mon monstre, je me contente de sourire.

Trop fatiguée pour prendre des photos de l’aéroport et des panneaux de bienvenue.
Bagages rapidement (l’avantage d’arriver si tard, on est les seuls) et je sors. On m’avait décrit une sortie au milieu d’un grouillement de gens, c’est calme en fait. Forcément, il est…ouais, on le sait…il est tard.

Gérard m’attend avec un petit panneau avec mon prénom. Immédiatement tres serviable et tres gentil. Il est garé en face, on met les 29.5 kilos de bagages dans son Rav4 et on quitte l’aéroport. Pas d’éclairage publique, un slalom permanent pour éviter les trous dans la route. Gérard m’explique que les feux rouges ne fonctionnent que le jour et pas la nuit. Ahhhh, pratique…
Il y a un peu de gens dans les rues mais pas trop. Parce qu’il est ta…ok. Compris.

Arrivée chez Gérard, la maison est tres belle, il décharge mes bagages, me montre ma chambre et ma salle de bain rien qu’a moi, il m’a acheté un sandwich, un dessert, et un…truc au lait, a la fraise et a la banane qui est une boisson normalement. Je déteste mais je tente de boire, c’est pas poli sinon.

Il m’a prévenue pour les coqs : il en a 2 et ils chantent a partir de 2h du mat, sous la fenetre de ma chambre. Chouettte.

Je vois une poule dans sa cuisine et je lui demande quel coq c’est (heureusement que j’ai grandis a la campagne) et il me dit « ah non, celui la je l’ai acheté ce matin…il faut bien que je te fasse a manger demain »…ah, désolée vieux, pense-je en regardant le coq.
Voila, je suis en Haiti. Demain, on ira se promener…


Dimanche

J’ai tres bien dormi. Lit tres confortable et malgré les coqs qui ont effectivement chanté a partir de 2h du mat, j’ai passé une tres bonne nuit, et comme d’habitude tous les jours de ma vie, j’ai du mal a me lever. Je traine au lit jusque 9h et puis debout ! Douche…froide. Argh. C'est-à-dire que je suis une méga douillette moi, et si l’eau n’est pas a 40 degres, je trouve ça tiede. Je n’ose demander si c’est normal ou si c’est moi qui ne comprends pas comment fonctionne le robinet, je me douche a l’eau froide. Grand exploit pour moi (on a les petits accomplissements que l'on peut hein...).

Gérard s’excuse 15 fois parce que quand je me leve le petit dej n’est pas prêt…euh…pas de soucis hein…Mais attention quand il est prêt, c’est impossible que je mange tout : des pates, 4 tranches de « jambon » et 2 œufs durs, de la goyage, une énorme tranche de pasteque, 2 yaourts….
Je mange mon plat et déclare forfait, honteuse, pour le reste. Mais je me régale avec du jus de pamplemousse frais. Miam.

Nous partons nous promener vers 12h30. Un petit tour dans Pétionville puis nous partons au Boutillier, un endroit qui surplombe tout PaP. Je découvre la ville de haut. Dans les rues, les gens reviennent de l’église, tout le monde est endimanché. Je découvre le kitchoun des robes de petites filles, les hommes en cravate et costume.

Puis nous descendons sur PaP pour aller voir le palais national, la place du champ de mars.

(moi devant le Palais national)


Nous marchons un petit peu dans la ville. Tout est tres calme, peu de monde, c’est dimanche.
(une vieille maison de l'époque de la colonie française, il en reste peu)

Nous continuons la promenade en voiture. J’essai d’absorber la vie et la ville, je prends peu de photos finalement, meme si j’aimerai en prendre 1000, de tout. Des peintures de pub sur les murs, des maisons, des gens surtout. Ils sont dans la rue, ils attendent, ils n’ont rien a faire.


Gérard m’explique que la ville a été construite pour 500,000 personnes et maintenant il y en a 2.5 millions. 70% de la population n’a pas de travail. Le gouvernement s’en moque. Les gens n’ont rien, ils n’ont pas a manger et ils sont dans les rues, a attendre que la journée passe. Pas une seule fois je me sens en insécurité. Mais c’est aussi parce que nous sommes dans les beaux quartiers, et parce qu’il n’y a pas la foule de la semaine. J’en oublie presque que je suis blanche.
Nous rentrons vers 16h.

(J'ai adoré ce panneau. Lisez a haute voix ce qu'il y a marqué pour le comprendre)

Gérard a tout organisé avec la jeune fille qui fait la cuisine pour que le repas soit prêt quand je rentre. Comment dire que je n’ai pas faim du tout ? Je me force a manger, mon copain le coq de la veille avec des bananes frites. C’est délicieux mais moi j’ai l’appétit d’un moineau. (pour rester dans les volatiles...). Certainement pas une bonne chose dans ce pays ou les gens meurent de faim que de laisser de la nourriture. Je me force, mais n’arrive pas a finir les bananes.

Je lis un peu dehors, il pleut. Puis nous passons du temps avec Barthélémy (le fils de Gérard, il a 8 ans) a jouer au jeu que je lui ai offert pour sa DS. Il va a l’école américaine donc ne lit pas vraiment le francais et comme une cruche j’ai pris un jeu ou il faut bcp lire. Alors je lui lis les passages…C’est un petit garçon adorable, et tres gentil. C’est chouette de passer du temps avec lui.
Il pleut a verse, orage. Je souris en pensant que si j’avais pris un hotel de luxe avec piscine, je serais dans ma chambre a tourner en rond …

J’ai le droit a un sandwich, il est 7h30. Ça devient une hantise la nourriture…je me force a nouveau...

Je n’ai pratiquement pas pensé a demain. Et les seules fois ou je l’ai fait, c’est uniquement parce que nous devions organiser la derniere partie du trajet : la route est tellement défoncée que le Rav 4 de Gérard ne passera pas. Il faudra que GLA vienne me chercher a 5 mn de leur porte…On les appellera.

Il est 20h30, je vais lire un petit peu et essayer de dormir tot, le décalage horaire est encore la.
Je ne pense a rien. C’est hallucinant. Quand je pense au stress que j’avais avant de partir…La, c’est comme si j’étais la pour des vacances, qui incluent d’aller passer du temps dans un orphelinat. Je pense aux autres enfants, je me demande comment je vais m’organiser pour les trouver, pour leur donner leurs cadeaux. J’imagine les choses pratiques. Mais sur la raison de ma venue, sur Laszlo, je ne pense a rien. Je suis certaine ce soir de ne rien ressentir demain. On me mettra mon fils dans mes bras et ce sera comme si c’était n’importe quel enfant.

Finalement, c’est vrai que cela ne se passe jamais comme on se l’imagine. Je m’imaginais etre tres stressée, je pensais que je n’aurais que cela en tete, et finalement, je n’y pense pas du tout. Je me demande meme si le stress du voyage la semaine derniere n’était pas uniquement parce que je devais prendre l’avion et aller dans un pays inconnu. Et absolument pas parce que j’étais anxieuse de rencontrer Laszlo.

16 commentaires:

Catherine a dit…

Je suis très touchée par ton récit Lo, c'est beau. Ca me donnerait bien envie de partir bientôt tout cela ;-)))
Bisous
catherine

Cathie de l'Ariège a dit…

On s'y croirait !!
Tu devrais peut-être penser à écrire un livre un jour, Lo, tes récits sont si vivants !!!
Merci de partager ces moments avec nous ;-)
Bises
Cathie

Brigitte a dit…

moi aussi je veux y retourner ouin... et être reçue par la famille de Lyn, je retrouve dans ton récit ma mise en parenthèse de mon voyage et le très beau récit de Dany Lafférière est ce que tu l'as lu ? si non tu devrais un régal (tous ses livres mais le dernier a été une claque pour moi...)
merci pour ton beau récit encore !!!!!
bises
bibi

Sylvie la Grande Bretonne a dit…

encore! encore ! encore !! :o)
je me regale

pour le (manque de) stress avant la rencontre : je cosigne ! :o)
j'etais tellement ailleurs, que meme pas stressee ! les ressources du corps et de l'esprit, quand meme, hein..... :o)

des bises et on attend la suite !
Sylvie et iris

Chantalou a dit…

Merci de partager avec nous ces beaux moments, de ton départ à ta rencontre avec ton ti-pou! En passant, tes photos sont très belles aussi! Chantalou xx

Sand a dit…

C'est un vrai plaisir de te lire. J'ai l'impression d'avoir partagé ce voyage.
Merci pour ce joli moment.
Plein de bises
Sandrine, qui attend la suite

Nanou Mimosa a dit…

Très beau récit qui m'a fait couler une tite larmette ....vite la suite !

Christelle Ritter a dit…

Merci Laurence. J'ai tout lu et j'attends la suite...

grosses bises
Christelle

VIRGINIE a dit…

Contente de savoir que le calme aperçu lors de mon dernier voyage ( mai 09 ) continue à PAP même si le fait que ce soit un dimanche a sûrement beaucoup joué.

Pour le fait de ne pas ressentir de stress avant la rencontre, je crois que c'est quelque chose d'inconscient mis en place par le cerveau pour se protéger. Moi qui suis très émotive, j'ai toujours très bien géré les 3 rencontres avec mes enfants. Comme si toute émotion était déconnectée.

Par contre gare à l'effet boomerang !!!

On sera là aussi quand tu vas craquer à retardement comme on est là pour lire toute cette montée vers le bonheur.

Bisous.
Virginie

kawin a dit…

On s'y croirait presque!
Merci Lo de partager tout ça!

Sylvaine a dit…

La suite! La suite!!!! ;-)
On est là-bas avec toi Lo! C'est superbe!
Vite, la suite!!!
Bizzzz
Sylvaine

yolande a dit…

J'ai l'impression de repartir! Je m'y suis promenée en semaine avec plein de monde, de voitures... j'étais à pied avec Steeven en chinado et je me suis sentie en sécurité à PAP, les Haitien on souvent été très gentils. A aucun moment je n'ai eu ou ressenti des regards hostiles. Allez, la suite!
Bisous
Yolande

Christelle a dit…

J'adore lire ton ressentis mais souvent ce n'est jamais ce à quoi on s'attend ! Tu avais l'air très sereine parce que tu savais que tu touchais presque le bout !!!!

Vite j'ai trop hâte de te lire encore !!!

Bisous

NathZorro a dit…

Moi ce que j'aime, c'est tout ces petits détails qui, un jour ou l'autre, feront sens et deviendront essentiels à votre histoire.
Bises.

cerisette a dit…

Encore une fois, bravo pour la justesse de ton récit. Il est vrai qu'on peut être très zen juste à la veille de la rencontre avec son bouchon d'amour parce que c'est comme ça ; il se passera ce qui doit se passer et le principal est de le rencontrer.
Par contre, j'aurais eu beaucoup de mal à gérer cette attente dans l'aéroport....
BIIIIIIZZZZZZ
Vivement la suite
Sab

♪♫ GG ♫♪ a dit…

merci beaucoup...Ayiti me manque (encore et toujours et ça ne passe pas 2 ans et demi après); ton récit me fait du bien.

Géraldine